RUE DE LA DÉCOMBRE

En cours
d'élaboration
Relecture théâtrale du texte
                                                Le Navire Night de Marguerite Duras
 « ET QUAND TU AS TOURNÉ, RUE DE LA DÉCOMBRE,        
                                                                                                                     IL Y A EU UNE ÉCLAIRCIE ET TU AS REGARDÉ LE CIEL… » 

Histoire d’amour, histoire sans images, histoire d’images noires. Le collectif montréalais La Décombre propose un projet où cinéma, littérature, musique et théâtre s’articulent dans une relecture interdisciplinaire du Navire Night de Marguerite Duras. Le texte, dernière trace d’une relation amoureuse contractuelle, essentiellement téléphonique, entre deux êtres ; un texte sur le désir de voir, de se faire image, où Duras interroge surtout la fonction du regard : 

 

Duras tisse, au fil du récit, un lien inévitable entre le mythe originaire d’Orphée et d’Eurydice — où l’objet du désir meurt, d’avoir été vu — et le gouffre téléphonique où les voix des deux protagonistes se font écho, se cherchent, sans jamais se rencontrer tout à fait. Notre lecture, ou réécriture  (réalisée par le conseiller dramaturgique Pierre-Olivier Gaumond) , s’érige en grande partie sur cette « tension mythologique », qui place en son centre la question du retournement, du désir tué par l’image. Deux femmes, Catherine Côté-Moisescu et Laurence Gascon, habitent la scène — la première est comédienne de formation, la seconde, grande lectrice de Duras. Ensemble, elles donnent vie à ces voix. que nous nommons F et H : la femme et l’homme de l’histoire.

 

La mise en scène et la scénographie, toutes deux signées Lucas Prud’homme-Rheault, sont inspirées de la culture populaire (comme le texte de Duras lui-même, qui fait entre autres appel au conte Raiponce des Frères Grimm), plus précisément, du film culte Sunset Boulevard (1950) et du regard dévastateur de la narcissique Norma Desmond, vestige muselé du cinéma de l’Âge d’or, tragédienne sanctifiée repoussée dans l’ombre par la voix. Entre l’histoire de F et H, et celle de Norma Desmond et Joe Gillis, tant de résonances : la femme vaporeuse qui arrive avec la nuit, « la nuit venant elle vient », femme qui propose un jeu, un contrat dont elle régit les clauses ; cette femme, toujours derrière, ou au-dessus, comme une ombre planante. 

 

Et si l’histoire de F et H passe, presque tout entière, par la voix du désir (pour reprendre une formule de l’écrivain et psychanalyste Michel Schneider), la compositrice Camille Brunet-Villeneuve façonnera — pour notre mise en scène — un univers musical inspiré des premiers opéras de l’Histoire (soit L’Orfeo, favola in musica de Monteverdi et L’Euridice de Peri), mais également, de l’imaginaire de la voix, créé par Duras. Dans Le Navire Night comme en opéra, « la voix est porteuse de désir. Elle ne dit pas le désir, elle est le désir » (Schneider). Par souci de justesse et de clarté, depuis août 2019 le collectif travaille en collaboration avec Caroline Proulx, spécialiste de l’œuvre de Marguerite Duras et des liens entre littérature et psychanalyse, dont le dernier ouvrage publié (en collaboration avec Sylvano Santini) s’intitule Le cinéma de Marguerite Duras : l’autre scène du littéraire (P.I.E. Peter Lang, 2015). 

« [il] ne cherche pas à savoir et voir qui est là, derrière lui. Elle le provoque au jeu de la mort. Il se prête à ce jeu comme jamais il n’aurait pu le prévoir. Ils le savent tous les deux : s’il se retourne et voit qui, l’histoire meurt, foudroyée ».

@lucasprudhomme.2019